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Dans une réflexion récente, le journaliste enseignant-formateur et président de la Fédération Togolaise de Volleyball Noël Tadegnon tire la sonnette d’alarme sur une dérive qui gangrène une partie des médias africains : la monétisation systématique de l’information et le chantage exercé sur de petites fédérations sportives par certaines chaînes de télévision.

Tout part d’un contraste que l’auteur juge frappant. Il explique avoir « peiné à retenir un sourire » en découvrant une lettre de diffuseurs africains se plaignant du coût des droits de retransmission de la Coupe d’Afrique des Nations. Un sourire amer, précise-t-il, lorsqu’il constate que ces mêmes chaînes “n’hésitent pas à investir des dizaines ou des centaines de millions de francs CFA” pour la CAN ou la Coupe du monde, tout en imposant simultanément à de petites fédérations locales des frais allant de 150 000 à 400 000 francs CFA pour couvrir des événements mineurs.

Une asymétrie choquante

Cette contradiction, écrit-il, interroge profondément : « Comment justifier qu’un acteur capable de mobiliser de lourds budgets pour le football international fasse peser une charge financière disproportionnée sur des fédérations de base souvent dépourvues de moyens ? »

Pour Noël Tadegnon, cette pratique, devenue monnaie courante, s’apparente à une arnaque et fragilise encore davantage des structures sportives déjà en difficulté.

Un métier dévoyé

Fort de ses trente années d’expérience, l’auteur se dit « préoccupé par cette dérive ». Il rappelle avec insistance les deux piliers du journalisme : « choisir et raconter ». Choisir, c’est trier l’information pertinente ; raconter, c’est donner du sens et une cohérence au fait.

Or, regrette-t-il, « l’information devient marchandise, le reportage devient transaction ». Il dénonce des chaînes qui « ometttent même de signaler que le contenu diffusé est un publi-reportage financé », brouillant volontairement la frontière entre information et communication commerciale.

Un marché déguisé derrière le service commercial

Le journaliste décrit une situation ubuesque :

« Désormais, pour espérer qu’une équipe se déplace, il faut souvent passer par le service commercial, négocier un tarif, payer la diffusion du reportage… » Pire, ces sujets achetés « se glissent dans le journal de 20 heures, parfois au milieu de quinze autres sujets du même genre, sans la moindre mention ». Pour lui, il s’agit d’une trahison pure et simple du pacte qui lie le journaliste au public : servir l’intérêt général, pas vendre du contenu en catimini.

Silence accablant des régulateurs

Noël Tadegnon pointe également du doigt l’inaction des institutions compétentes : « Les organes de régulation observent sans réagir. Par leur silence, ils cautionnent une pratique qui tue à petit feu le journalisme », écrit-il avec amertume.

Il pose ensuite une question simple mais cinglante : « Pourquoi les médias d’État n’exigent-ils jamais de l’argent lorsqu’ils couvrent les activités du président de la République ? » Une interrogation qui souligne, selon lui, l’hypocrisie et l’injustice du système.

Un appel à sauver la dignité du métier

Face à cette dérive généralisée, l’auteur appelle à un sursaut : « L’information n’est pas un produit publicitaire. Elle est un bien commun. » Et à ce titre, rappelle-t-il, elle mérite d’être protégée par les professionnels, par les institutions, mais aussi par les citoyens.

Noël Tadegnon conclut en invitant chacun, journalistes, formateurs, responsables de rédaction et public à réfléchir à cette marchandisation de l’information et à s’interroger : Peut-on encore espérer redonner à ce métier la dignité qui lui revient ?

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