Il y a des histoires qui rappellent à quel point une carrière de footballeur peut basculer en un instant. Celle d’Issam Tchadjobo, ancien attaquant explosif de l’AC Barracuda, en est une. Un talent pur, un avant-centre complet, transféré à l’ASKO de Kara lors de la saison 2023-2024, avec l’ambition de porter les Kondona en Ligue des Champions CAF. Une trajectoire qui s’annonçait ascendante, jusqu’au moment où tout a basculé.
À peine signé, Issam n’aura pas disputé une seule minute avec l’équipe. La faute à une grave blessure, qu’il traînait avant sa signature, et qui l’éloigne des terrains depuis plus de 2 saisons maintenant. Révélé par le championnat universitaire avec la FASEG, Issam va poursuivre son aventure avec l’AC Barracuda avant de filer au Bénin à l’issue d’une saison aboutie en D1 Lonato. Fin septembre dernier, dans un message poignant publié sur sa page Facebook, le joueur annonçait la fin de son contrat avec l’ASKO, dans un texte qui témoignait de la douleur mais aussi de la dignité de l’homme.
Ses mots disaient tout : la solitude du joueur blessé, la joie brisée du retour espéré, les rechutes, les doutes, l’abandon silencieux, et cette foi qui devient la seule force quand le football ne peut plus porter.
Mais derrière le cas d’Issam Tchadjobo, c’est une problématique profonde du football togolais qui ressurgit.
Une série de carrières brisées dans le silence
L’histoire d’Issam nous fait rappeler d’autres joueurs qui ont payé le prix fort : Abbuy Thierry, ancien espoir du football togolais, longtemps freiné par une vilaine blessure, Mani Ougadja, Tchadjobo Bouhari, KATSRIKOU AKPÉVI ancien joueur de MARANATHA passé par la Turquie et aujourd’hui président de l’académy Akpé, Adébayor Biyao ancien joueur de MARANATHA..d’Unisport de sokodé…de Gbohloe-Su des Lacs et passé par l’Afrique du Sud et l’Etoile Filante de Ouagadougou, AGBOKOU Simon ancien joueur d’Agaza sans oublier Botchoe Koudjodji ancien capitaine des Verts de Tokoin.
D’autres encore, moins médiatisés, ont subi le même sort : une grave blessure, un manque de suivi, puis une lente disparition des radars.
Toujours le même scénario : Blessure – absence de moyens – absence de prise en charge – carrière brisée.
Dans notre championnat, une blessure grave équivaut souvent à un arrêt définitif, non pas par gravité sportive, mais par manque d’accompagnement médical, financier et structurel.
Où est Issam aujourd’hui ? Que devient-il ?
Depuis la rupture de son contrat, nul ne sait vraiment où en est Issam Tchadjobo dans sa récupération, ni s’il a pu accéder aux soins nécessaires. Un talent perdu ? Un futur sacrifié ? Les questions restent ouvertes.
Le football togolais regorge de talents. Ce qui manque, ce n’est pas la qualité des joueurs : c’est un système capable de les protéger.
Il est donc urgent de repenser la prise en charge médicale : kinés, médecins du sport, rééducation, fonds d’urgence, suivi psychologique…
Sans cela, d’autres Issam, d’autres Abbuy, d’autres jeunes prometteurs continueront de disparaître dans le silence.
L’histoire d’Issam Tchadjobo n’est pas une fatalité : c’est un signal d’alarme. Un appel à construire un football qui protège ses joueurs autant qu’il célèbre ses victoires.

Justin AGBEVO









