Au Togo, le débat sur la qualité de l’arbitrage dans nos championnats nationaux refait surface à chaque saison. Et pour cause : les arbitres, pourtant acteurs essentiels du jeu, exercent souvent dans des conditions précaires. Leurs perdiems sont dérisoires, leurs déplacements mal indemnisés, et leur encadrement professionnel quasi inexistant. Dans un tel contexte, comment exiger de ces hommes et femmes en noir une impartialité sans faille, quand le système lui-même les fragilise ?
Des conditions de travail qui ouvrent la porte à la corruption
Lorsqu’un arbitre perçoit à peine de quoi couvrir ses frais de mission, la tentation du « petit geste » devient grande. Ce manque de considération financière et institutionnelle constitue l’une des principales failles du football togolais. La corruption arbitrale, qu’on le veuille ou non, existe. Elle fausse les résultats, décourage les clubs méritants et mine la crédibilité du championnat.
Résultat : la confiance du public s’érode, les violences dans les stades augmentent, et les sponsors hésitent à s’engager dans un environnement perçu comme peu fiable.
L’excuse du manque de moyens ne tient plus
Il est trop facile de se réfugier derrière le sempiternel argument du « manque de ressources ». Le Togo dispose bel et bien des moyens nécessaires pour réformer son arbitrage. C’est avant tout une question de volonté politique et institutionnelle. Il faut admettre que le football est un secteur porteur, capable de générer des retombées économiques et sociales considérables. Investir dans l’arbitrage, c’est investir dans la crédibilité de tout le système sportif national.
Les pistes pour une réforme durable
Pour redonner à l’arbitrage togolais ses lettres de noblesse, plusieurs mesures s’imposent :
1. Revaloriser les indemnités et perdiems des arbitres à un niveau décent, en tenant compte du coût réel des déplacements et de la responsabilité morale du poste.
2. Créer un fonds spécial d’appui à l’arbitrage, alimenté par la FTF, l’État et les partenaires privés, pour garantir des paiements réguliers et transparents.
3. Mettre en place une commission indépendante d’éthique et de supervision, chargée d’enquêter sur les suspicions de corruption et de sanctionner sans complaisance.
4. Renforcer la formation continue des arbitres, en les exposant aux standards internationaux et en intégrant la technologie (VAR, vidéos d’analyse, etc.) à moyen terme.
5. Valoriser la carrière arbitrale, avec une reconnaissance publique et médiatique du travail des officiels, trop souvent oubliés dans les bilans sportifs.
Une nouvelle saison, une nouvelle chance
La saison 2025-2026 de la D1 Lonato vient à peine de démarrer. C’est une occasion en or pour amorcer un changement profond. Si les autorités compétentes veulent un championnat apaisé, rigoureux et respecté, elles doivent commencer par redonner de la dignité à ceux qui en sont les garants sur le terrain : les arbitres.
Un arbitrage crédible, c’est la base d’un championnat juste. Et un championnat juste, c’est le seul capable de produire de vrais champions.
Justin AGBEVO









